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[Analyse] Sénégal : de l’alliance politique au divorce, la tombe de Jésus le Nazaréen est ouverte 

[Analyse] Sénégal : de l’alliance politique au divorce, la tombe de Jésus le Nazaréen est ouverte 

Nous sommes en 2019, au lendemain de l’élection présidentielle sénégalaise. L’opposant Ousmane Sonko vient d’arriver à la troisième position face au président sortant Macky Sall.…

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Par Albert-Raphael Ahindo Publié le 23/05/2026 à 09:44
6 min

Nous sommes en 2019, au lendemain de l’élection présidentielle sénégalaise. L’opposant Ousmane Sonko vient d’arriver à la troisième position face au président sortant Macky Sall. Pourtant, malgré cette défaite électorale, une nouvelle figure politique est née. Dans l’imaginaire d’une grande partie de la jeunesse sénégalaise, Sonko incarne désormais l’aurore d’un renouveau politique.

Porté par un discours radical contre la corruption, il bâtit son idéologie autour du souverainisme, du panafricanisme et d’une critique assumée de la présence française ainsi que des élites traditionnelles sénégalaises. Son parti, les Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, l’Éthique et la Fraternité (PASTEF), gagne progressivement la confiance des jeunes et des classes populaires, lassés d’un système politique jugé fermé et inégalitaire.

En 2021, une affaire judiciaire va profondément bouleverser le paysage politique sénégalais. Le régime de Macky Sall accuse Ousmane Sonko de viols présumés, d’atteinte aux mœurs et de corruption de la jeunesse dans l’affaire dite « Adji Sarr », du nom d’une employée de salon de massage qui l’accuse de viols présumés et d’atteinte aux mœurs. Des accusations que l’opposant n’a cessé de dénoncer comme un complot politique destiné à l’écarter définitivement de la course au pouvoir.

L’arrestation de Sonko provoque alors une onde de choc nationale. Des émeutes éclatent dans plusieurs villes du pays. Les affrontements entre militants du PASTEF et forces de sécurité causent plusieurs morts. Le Sénégal, longtemps considéré comme l’un des modèles démocratiques d’Afrique de l’Ouest, fait face à une crise politique interne sans précédent.

À cette tension s’ajoute rapidement la question sensible d’un éventuel troisième mandat de Macky Sall. Pendant plusieurs années, une partie de l’opposition et de la société civile accuse le chef de l’État de vouloir modifier ou interpréter la loi fondamentale du pays (la Constitution) afin de se maintenir au pouvoir après 2024. Face à cette éventualité, Ousmane Sonko devient l’homme de la contestation.

Meetings populaires, mobilisations citoyennes et marches de protestation se multiplient. Mais ces manifestations entraînent également arrestations, restrictions politiques et accusations récurrentes d’instrumentalisation de la justice contre l’opposition.

C’est dans ce contexte extrêmement tendu que Sonko perd finalement son éligibilité après plusieurs condamnations judiciaires, notamment pour diffamation et corruption de la jeunesse. Dans la foulée, le gouvernement de Macky Sall dissout le PASTEF.

En février 2024, lorsque Macky Sall décide de reporter l’élection présidentielle, la crise atteint son point culminant. La décision provoque une vive contestation nationale et internationale. Finalement, le Conseil constitutionnel annule le report du scrutin et impose la tenue de l’élection.

Empêché de se présenter, Ousmane Sonko choisit alors son bras droit, Bassirou Diomaye Faye, comme candidat du PASTEF. Quelques semaines plus tard, ce dernier remporte l’élection présidentielle dès le premier tour avec plus de 54 % des suffrages.

Après la victoire du camp PASTEF, Macky Sall quitte le pouvoir. Quant au fondateur du PASTEF, il devient Premier ministre d’un gouvernement qui promet de profondes réformes économiques et institutionnelles.

Né le 25 mars 1980 à Ndiaganiao, dans l’ouest du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye était auparavant inspecteur des impôts et domaines, tout comme Sonko. C’est au sein de l’administration fiscale sénégalaise que les deux hommes nouent une relation politique et idéologique fondée sur une même critique du système sénégalais, de la corruption et sur une volonté commune de réformer l’État.

Au-delà de cette proximité professionnelle, Diomaye Faye fait partie des premiers compagnons d’Ousmane Sonko lors de la création du PASTEF en 2014. Il devient rapidement l’un des principaux idéologues et stratèges du mouvement.

Contrairement à Sonko, figure charismatique et très populaire, Diomaye Faye apparaît comme un homme discret mais influent, respecté pour son calme, sa rigueur juridique et son image d’intégrité. Peu à peu, il s’impose comme la deuxième personnalité du parti et devient secrétaire général du PASTEF lorsque Sonko est emprisonné en 2021.

Cette loyauté lui vaut d’être désigné candidat à la présidentielle de 2024 en remplacement de son mentor politique. Leur slogan de campagne devient rapidement viral au Sénégal : « Diomaye mooy Sonko », autrement dit : « Diomaye, c’est Sonko ».

En 2023, à son tour, Bassirou Diomaye Faye est arrêté à Dakar pour diffusion de fausses nouvelles, outrage à magistrat, diffamation contre un corps constitué et incitation à l’insurrection, après ses critiques contre le traitement réservé à Sonko par le régime. Les deux hommes seront finalement libérés grâce à une loi d’amnistie.

Mais après l’euphorie de la victoire, un nouveau chapitre politique s’ouvre au Sénégal : celui des tensions internes au sommet de l’État.

Certes, Bassirou Diomaye Faye n’a jamais publiquement formulé de promesse personnelle secrète à Ousmane Sonko. Toutefois, leur alliance reposait sur un engagement politique clair gouverner ensemble autour du « Projet » du PASTEF.

Pour de nombreux observateurs sénégalais, Diomaye Faye apparaissait alors comme le candidat de substitution de Sonko son homme de confiance et le garant politique du programme porté par le leader du PASTEF.

Leur accord reposait sur plusieurs engagements implicites gouverner en tandem appliquer les réformes promises lutter contre la corruption réformer la justice renforcer la souveraineté économique réduire le coût de la vie renégocier certains contrats miniers et énergétiques et rompre avec le système hérité du régime de Macky Sall.

Cependant, dès 2025, des divergences commencent à apparaître entre les deux hommes. Les tensions portent notamment sur les relations avec le FMI,la gestion économique du pays certaines nominations politiques ainsi que le rythme des réformes promises.

Les proches d’Ousmane Sonko reprochent alors au président de s’éloigner progressivement de l’esprit originel du « Projet ». De son côté, Bassirou Diomaye Faye semble vouloir exercer une autorité plus autonome et plus institutionnelle.

En septembre 2024, le président sénégalais dissout l’Assemblée nationale afin d’obtenir une majorité favorable à ses réformes et à celles du PASTEF. À cette époque, les deux hommes restent encore officiellement alliés. Cette dissolution vise principalement à renforcer le pouvoir du nouveau régime, débloquer les réformes promises et neutraliser l’opposition parlementaire héritée de l’ère Macky Sall.

Mais progressivement, les tensions internes au sommet de l’État s’intensifient, ouvrant une nouvelle séquence politique au Sénégal : celle d’une rupture entre deux hommes qui avaient pourtant incarné ensemble l’espoir du changement.

Mots-clés : ousmane sonko SÉNÉGAL

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