À la une
Décès d’Edgar Morin : la France perd l’un de ses plus grands penseurs

Décès d’Edgar Morin : la France perd l’un de ses plus grands penseurs

Le sociologue, philosophe et résistant, Edgar Morin est mort ce vendredi 29 mai 2026, à Paris, l’âge de 104 ans, a confirmé son épouse au…

C
Par congopresse Publié le 30/05/2026 à 20:27
3 min

Le sociologue, philosophe et résistant, Edgar Morin est mort ce vendredi 29 mai 2026, à Paris, l’âge de 104 ans, a confirmé son épouse au média « Monde ».

Considéré comme le dernier grand intellectuel français, philosophe et sociologue, directeur de recherche émérite au CNRS, l’auteur de Le paradigme perdu et d’une soixantaine d’autres ouvrages laisse derrière lui une œuvre transdisciplinaire, abondamment commentée et traduite, au service d’une pensée toujours libre et critique de son temps.

Résistant au nazisme, communiste de guerre, dissident du stalinisme, sociologue du temps présent, prophète des temps futurs, métaphysicien de l’ère planétaire, agitateur d’idées et butineur du savoir, Edgar Morin n’aura cessé de penser sa vie et de vivre sa pensée. « Je ne suis pas de ceux qui ont une carrière, mais de ceux qui ont une vie », écrivait-il dans Mes démons (Stock, 1994). Celle-ci s’est constamment nourrie des contradictions et des tensions du monde comme de celles qu’il éprouvait lui-même. Sa propre genèse en témoigne.

Lorsque naît Edgar Nahoum, le 8 juillet 1921, à Paris, dans une famille juive originaire de Salonique, ses premières minutes sont en suspens entre la vie et la mort. Sa mère, Luna, avait caché à son mari, Vidal, que l’enfantement lui était proscrit par la médecine en raison d’une lésion au cœur causée par la grippe espagnole, contractée en 1917. Mais l’enfant et la mère survécurent, dans une indéfectible adoration mutuelle. Jusqu’à cette déflagration que subit le jeune Edgar : alors qu’il va vers ses 10 ans, Luna meurt d’une crise cardiaque, le 26 juin 1931.

 

Guerre et résistance

 

En 1938, au lendemain des événements de Munich, l’étudiant en histoire, en droit et en philosophie s’ouvre à la politique et adhère aux mouvements des Étudiants frontistes, un mélange de socialisme pacifiste et d’anti-nazisme. La guerre se propage sur toute l’Europe et l’occupation marque son enfance. En 1940, Hitler proclame « un Reich de mille ans » et en 1941 l’armée allemande s’enlise devant Moscou. Il comprend alors que l’histoire, malgré ses apparences de destin, peut dérailler de façon imprévisible à tout moment.

Edgar Morin reconsidère alors sa vision du monde, rejoint le Parti communiste français et entre, l’année suivante, jusqu’en 1944, dans la résistance clandestine. Il devient lieutenant des forces françaises combattantes, y rencontre un certain François Mitterrand, et durant cette période, il adopte définitivement le pseudonyme d’Edgar Morin.

Ces années de résistance ne quitteront jamais le philosophe. Dans une interview au journal La Croix, Edgar Morin disait : « Aujourd’hui, contre quoi faut-il résister ? Il faut résister contre deux barbaries. Une barbarie que nous connaissons tous, qui se manifeste par Daech, par les attentats, par les fanatismes les plus divers. Et l’autre barbarie, qui est froide, glacée, qui est la barbarie du calcul, du fric et de l’intérêt. Dans le fond, face à ces deux barbaries, tout le monde devrait, aujourd’hui, résister ».

 

Les premiers textes fondateurs 

 

Attaché à l’État-major de la 1re Armée française en Allemagne en 1945, il devient l’année suivante chef du bureau « Propagande », au gouvernement militaire français, et publie son premier livre L’An zéro de l’Allemagne où il décrit la situation du peuple allemand de cette époque. Ce livre est apprécié par Maurice Thorez qui l’invite à écrire dans la revue Les Lettres françaises.

Sur les conseils de Georges Friedmann, qu’il a rencontré pendant l’occupation, et avec les appuis de Maurice Merleau-Ponty, de Vladimir Jankélévitch et de Pierre George, il entre au CNRS en 1950. Dès 1949, il s’éloigne du Parti communiste français, dont il est exclu en 1951, en tant que résistant anti-stalinien. La même année, il publie L’homme et la mort et en 1959, il fait un bilan de sa vie et de son engagement au Parti communiste français en publiant Autocritique, et cofonde la revue Arguments.

Plus dans actualité